Back

Au delà du forum, l’ambition est de créer le hub de la gestion de fortune à Genève

Article paru le jeudi 16 Novembre 2017 dans le AGEFI

Wealthtech Forum. Les gestionnaires de fortune sont réunis aujourd’hui. Ils font face aux défis de la disruption numérique de leur industrie dont l’intelligence artificielle.

Elsa Floret

Le Wealthtech Forum se tient aujourd’hui à la Maison de la Paix, co-organisé par Jay Oberai, fondateur et CEO de Synergy Asset Management à Genève et The Swiss Fintech Convention du Wealthtech Forum, sous le patronage du département de la sécurité, de l’économie et de l’innovation. En présence de Pierre Maudet et de conférenciers parmi lesquels des banquiers, des asset managers, des investisseurs, des représentants de l’Etat et des guest stars internationaux.

Pierre Maudet voit Genève en capitale de la wealthtech et précise le rôle que jouera son département dans ce projet (lire l’encadré).

Jay Oberai répond aux questions de L’Agefi sur ses attentes et son projet à plus long terme, consécutif au Wealthtech Forum.

Vous dirigez un family office avec une masse sous gestion proche du milliard. Quelles sont vos attentes quant à ce Wealthtech Forum?

Je suis préoccupé par la transition numérique des banques privées. Certes, le know-how du wealth management est élevé à Genève, mais la fintech et le wealthtech restent balbutiants. L’investissement fait défaut. Les initiatives fintech sont beaucoup plus développées en Californie ou à Singapour, notamment.

Au-delà des start-up, les banques privées et les MFO (multi-familly offices) doivent surveiller des concurrents plus inhabituels. Snapchat, par exemple, a manifesté son intérêt pour le développement d’une plateforme de robot-conseil, afin de capitaliser sur son audience captive, la génération des Millenials. Ces nouveaux venus pourraient peser très lourd, compte tenu de leur connaissance de la nouvelle génération de personnes fortunées, ainsi que de leur expérience du numérique. Les plateformes de robot-conseil devraient générer 3000 milliards de dollars d’ici 2020. Qu’elles soient proposées par des sociétés de réseaux sociaux, des start-up ou des leaders traditionnels, elles seront une pierre angulaire de toutes les nouvelles offres de gestion de fortune.

Quelles seront ces nouvelles offres, qui vont obliger les banques privées et les multi-family offices à modifier leur activité?

La mutation vers des modèles plus «do it yourself», ainsi que vers une base de clientèle plus férue de technologie, nécessite plus de transparence et de contrôle pour les clients finaux. Le conseil payé à l’usage est nécessaire sur tous les segments de clientèles, il n’est plus limité au secteur de la clientèle aisée. La progression des nouveaux clients connectés érode l’offre high net worth traditionnelle. Ces nouveaux clients connectés attendent maintenant des offres comparables à celles proposées aux clients institutionnels.

Quel est votre objectif post Forum Wealthtech?

Nous allons annoncer lors de ce forum que nous allons créer le hub du wealthtech à Genève et attirer ici les fonds américains tels que Sequoia, avec le support de plusieurs family office et du gouvernement. Ces fonds vont nous aider à faire grandir les start-up de wealthtech et devenir internationales.

Quels sont vos arguments pour convaincre ces fonds américains de venir en Suisse?

En amont, nous devons sélectionner les meilleures start-up de fintech, wealthtech en Israël, à Londres, à Singapour et en Californie et les convaincre de venir installer leurs sièges sociaux à Genève. Afin de soutenir ces initiatives, Synergy Asset management va créer un fonds PP (Public Privé) avec le gouvernement et des family offices, qui investirait dans ces start-up et qui serait coté sur le Swiss Exchange. Une telle association de family offices travaillera de concert avec ces start-up pour les aider dans leur développement.

A combien s’élèvera votre fonds PP et selon quel agenda? Quels sont vos objectifs de levée de fonds dans ce fonds PP?

Une fois l’écosystème Wealthtech mis en place et en cours d’exécution, nous allons créer un fonds PPP coté à la bourse suisse, qui investira dans les meilleures start-up au niveau mondial dans le domaine de la gestion de patrimoine. Ce sera en partenariat avec le gouvernement de Genève.

Comment allez-vous convaincre ces start-up de venir s’installer à Genève?

Lors de mes nombreux voyages en Californie, en Israël, j’ai identifié des start-up dans le wealthtech, qui ne possède que la tech. Contrairement à nos banques privées, qui connaissent la gestion de fortune sans la tech. Il faut réunir les deux. C’est un pouvoir très attractif pour ces start-up.

Genève, capitale de la Wealthtech, selon Pierre Maudet, ministre de la sécurité et de l’économie

Quel sera le rôle de l’Etat dans ce projet ambitieux pour Genève de capitale du Wealthtech mondial?

Afin de soutenir l’écosystème des technologies financières spécialisées dans la gestion de fortune (wealthtech) à Genève, notre objectif est d’apprendre de nos concurrents et si possible, en valorisant la place financière de Genève, de convaincre les meilleures start-up de Californie, de Londres, Israël et Singapour à se développer chez nous.

Le soutien se conjugue en trois temps: un incubateur et un accélérateur permettant d’identifier et d’accompagner les start-up; un écosystème d’institutions financières et de clients, qui vont tester les produits et donner leur feed back et des ressources financières.

Pour le premier pilier, nous avons déjà une partie en place et sommes en contact avec des investisseurs en vue d’un centre Wealthtech tech à Genève.

Pour le deuxième pilier, la Fongit (l’incubateur high-tech genevois) et ses partenaires vont créer ensemble un groupe de sponsors intéressés par ce projet.

Enfin, pour le troisième pilier, nous comptons sur les investisseurs et les acteurs locaux genevois pour qu’ils interviennent et financent les start-up. – (EF)

L’impact sur la relation conseiller/client, selon Jay Oberai, CEO de Synergy AM

Les banques privées ont entamé leur transformation numérique. Mais quel sera l’impact sur la relation conseiller/client?

Les clients veulent différents types de contact, un accès 24 h/24 et 7 jours sur 7 et un accès autonome. Le numérique est le seul moyen de répondre à de telles demandes. Bien intégré, il peut libérer des fonds (grâce à l’efficacité et la productivité renforcées) à réinvestir dans l’activité. Un dialogue numérique régulier avec le client (ainsi que les analyses avancées pour déterminer les besoins/schémas) est la solution d’avenir.

Les médias sociaux, la vidéo, les portails en ligne et autres outils similaires, non seulement améliorent la connectivité du client, mais ils aident le conseiller à mieux déterminer l’évolution des besoins de ce dernier. Si rien ne remplace une conversation, les habitudes de dépense, d’épargne et d’investissement du client peuvent être plus transparentes plus rapidement pour les conseillers grâce aux outils numériques, ce qui permet une approche mieux conçue pour les besoins individuels.

Alors que la concurrence venue de sociétés extérieures aux services financiers augmente et tire les prix vers le bas, les banques privées et Multi-Family Offices suisses vont devoir développer une approche plus disciplinée. Ils disposent d’une opportunité formidable dont ils doivent s’emparer. Les banques privées et les MFO pourraient proposer différents niveaux de conseil personnalisé: soit pas de conseiller personnel attribué; soit un conseiller virtuel attribué, qui ne rencontre pas le client en face à face, mais qui est disponible par téléphone ou par chat sur internet; soit un conseiller universel traditionnel, en personne.

Actuellement, de nombreuses banques privées utilisent encore un modèle universel pour des clients dont les revenus ne correspondent pas aux paramètres prévus pour le modèle universel. – (EF)

Réactions du directeur de la FONGIT

«Le wealthtech est une vraie opportunité à saisir pour Genève. The time is now», selon Antonio Gambardella, keynote speaker lors du Wealthtech Forum aujourd’hui à Genève.

Antonio Gambardella, directeur de la FONGIT, intervient aujourd’hui lors du Wealthtech Forum à la Maison de la Paix à Genève, afin de présenter l’ambition de Genève de devenir le hub de la gestion de fortune.

Auprès de la FONGIT, une quinzaine de  start-up fintech trouve un soutien logistique et opérationnel, un hébergement et une aide à l’accès au financement.

Lors du Wealthtech Forum, le point sur lequel, Antonio Gambardella insiste, est: le last call pour la place financière genevoise face à la disruption numérique de ses banques et gestionnaires d’actifs et de fortune. Et sur le wealthtech, innovation de niche parmi la fintech global et pour laquelle l’écosystème genevois possède une valeur unique.

Le directeur de la FONGIT répond aux questions de L’Agefi sur cette rare fenêtre d’opportunités – de quelques dizaines de mois, pas plus – qui s’ouvre aujourd’hui à ces acteurs et à ces start-up wealthtech.

In fine, la création d’un fonds d’investissement, soit avec des VC locaux, internationaux ou des partenaires institutionnels, aidera à combler la vallée de la mort des financements en Suisse de ces entreprises plus matures.

Quel message adressez-vous à la communauté genevoise, aux acteurs de la place financière et au gouvernement aujourd’hui?

Pour la première fois, j’ai trouvé un professionnel de l’industrie financière genevoise, qui, en sus de posséder la masse critique, fait preuve de courage et d’ambition, afin de saisir cette opportunité unique. La fenêtre d’opportunités est très très courte. Il est encore temps de réagir. Et surtout, il est vital d’en finir avec les discours marketing des banques sur leur implication dans la fintech.

Jay Oberai, fondateur et CEO de Synergy Asset Management, est un interlocuteur incontournable, qui se lance avec détermination et moyens dans la course au wealthtech. S’il ne le fait pas, à terme, il meurt. A l’instar probablement de toute l’industrie financière genevoise.

Sous quelle forme, la FONGIT va-t-elle travailler avec Synergy Asset management?

Nous allons créer un hub: le Geneva wealthtech hub, construit sur quatre piliers.

Le premier pilier est la création d’un club de gestionnaires d’actifs, de banques, de gestionnaires de fortune, rassemblant les acteurs qui savent pertinemment que leur clientèle est en train de changer (âge, sexe, géographie, …). Ce club s’engagera à utiliser les services et produits des start-up de la wealthtech. Ils seront les clients, que la FONGIT mettra en avant dans son argumentaire auprès des start-up afin qu’elles viennent s’installer ici, se rapprochant de ce pôle mondial unique qu’est la gestion de fortune genevoise. Depuis des années, j’entends le discours marketing des banques, soi-disant friandes de fintech, mais la réalité est toute autre. A de rares exceptions près, personne ne s’engage. Résultat: les start-up, que nous attirons ici, ne trouvent pas leurs clients pourtant promis. Avec ce club, tout changerait. The time is now. Les besoins de ce club vont de la recherche du robot-advisor, au behavioral trading, en passant par les nouvelles classes d’actifs, comme les crypto-monnaies. J’appellerais cette étape, le rebundling autour du centre, à savoir la banque privée et les asset managers. Car la finance genevoise contrôle – pour l’instant – les clients fortunés. Les start-up de wealthtech vont donc les aider à les garder.

D’où viendra le financement?

Le deuxième pilier consiste à démarcher les meilleurs VC du monde, afin qu’ils investissent dans les start-up de wealthtech genevoise. La proposition de valeur est ici très forte, car on leur apporte la garantie que ces start-up ont des clients, parmi les membres du club décrit précédemment.

Quel sera votre rôle et celui de l’Etat?

Le troisième pilier est le support local apporté par la FONGIT et l’Etat. Et enfin, le dernier pilier, avec le fonds d’investissement, qui logiquement sera créé à terme, soit avec des VC locaux, internationaux ou des partenaires institutionnels, impliqués dans le financement de ces start-up later stage. Ce qui aidera à combler la vallée de la mort des financements en Suisse de ces entreprises plus matures. Il s’agit ici d’un fonds d’investissement global sur la wealthtech mondiale. Et non pas uniquement axé sur la Suisse. Mais on aura attiré ici les meilleures start-up du monde dans ce domaine.

Quel est l’agenda prévu pour un tel projet?

Notre horizon est un an minimum. Dès demain, et pendant les trois à six premiers mois, nous allons créer ce club de banques privées motivées et actrices de changement. Les trois à six mois suivants, au cours de l’été 2018, nous allons recruter ces start-up et VC mondialement. – (EF)